L’ECRIVAIN GABONAIS JIMMY MAPANGO EN GREVE DE LA FAIM… ENTRETIEN EXCLUSIF !!!

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ENTRETIEN

Jimmy Mapango est un écrivain gabonais de 52 ans. Il est également connu pour ses actions militantes qui l’ont mené dans la lutte pour la préservation de l’environnement, pour les droits de l’homme. Mais aussi et surtout contre les inégalités flagrantes qui meurtrissent chaque jour, le peuple gabonais et dans un sentiment plus large, les peuples africains. Ecrivain activiste, Jimmy Mapango, qui a toujours prôné la non-violence, a décidé depuis le 6 août, de se faire violence en entamant une grève de la faim sur le parvis des droits de l’homme, au Trocadéro, à Paris, en France.

C’est un homme serein, un peu fatigué que AllSud a rencontré pour cette interview exclusive, la première depuis le démarrage de sa grève de la faim.

AllSud : Pourquoi avoir décidé d’entamer une grève de la faim?

Jimmy Mapango : Que la paix soit avec tous. Le temps est venu pour que la dignité humaine devienne une réalité pour tous les hommes, particulièrement la dignité de l’Afrique et des africains. Dans la déclaration Universelle des droits de l’homme qu’ adoptaient les 58 membres des Nations Unies au Palais de Chaillot en 1948, la promesse de la liberté était faite à tous les hommes de la terre, curieusement nous nous rendons compte aujourd’hui que l’Afrique a été exclue. C’est là une injustice que devons combattre désormais sans relâche. Nous réclamons le respect des droits égalitaires pour tous.

AllSud : Vous êtes écrivain… Pourquoi ne pas plutôt continuer à lutter contre ces injustices dans vos livres?

J M : Je vais vous le dire, j’avais besoin d’une sorte de tribune plus vivante que le livre, plus élevée que les bassesses de la haine et de la vengeance. Il nous fallait maintenant un cadre plus expressif de communication avec des armes redoutables contre le mal et la méchanceté de l’homme. Et la grève de la faim représentait à nos yeux cette réponse : lutter contre la violence en se faisant violence. Par la grève de la faim, nous nous inscrivons dans un combat non-violent, pour une cause juste, pour un monde juste.

AllSud : Vous êtes-vous donné une date limite?

J M : Non ! Aucune limite à moins qu’une solution soit trouvée pour l’Afrique et particulièrement pour le Gabon. C’est une urgence pour les peuples non pas pour moi. Pour ma part, je sais que j’ai sur mes épaules le fardeau de l’Afrique et mes entrailles brûlent d’amertume face la souffrance intenable des africains.

AllSud : Qu’attendez-vous concrètement de cette grève de la faim? Pensez-vous être véritablement entendu?

J M : Nous attendons que les négociations pour des nouveaux rapports entre l’Afrique et l’occident s’ouvrent aux Nations Unies. Dans le cas du Gabon, le gouvernement gabonais et le gouvernement français doivent ouvrir des négociations et comme nous n’espérons pas grand chose du gouvernement gabonais, il sera remplacé. Nous avons de fortes chances d’être entendu. C’est le temps d’être entendu. Parce que l’heure de niveler les inégalités est arrivée et l’occident doit souffler sur le monde un nouvel élan de solidarité et de fraternité qui nous avait tous fait défaut, sinon il se perdra. Sinon elle ne sera plus en phase avec la nouvelle direction que nous annonce le nouveau monde qui vient. En fait personne n’a le choix. À défaut de nous disqualifier par nous-mêmes, nous ne pouvons nous résigner. La nature elle-même réclame justice. Les peuples sont en effervescence. Les gens réclament la liberté. Le temps est venu, c’est le moment, c’est notre temps.

AllSud : Vous pensez donc que la liberté des peuples africains, meurtris et laissez pour compte, ne peut venir que de l’occident ?

J M : Bien sûr, parce que les africains ont pris le plaisir de laisser les occidentaux prendre les décisions à leur place !

AllSud : Que pensez-vous de la grève de la faim de votre compatriote Roland Désiré Aba’a, conseiller de la république au Gabon, qui réclame le retrait des troupes françaises du Gabon?

J M : Je pense que le conseiller Aba’a posé là des revendications fondamentales pour notre liberté et si le gouvernement gabonais continue dans la délation, le réveil sera brutal. De mon point de vue, ce n’est pas un crime de demander le départ d’une armée étrangère dans un pays dit souverain que je sache ! Mais là où cette revendication nous demande de la sagesse dans son traitement c’est le fait que la France est le pays colonisateur du Gabon, qu’on le veuille ou non ! Nous sommes liés par une histoire culturelle, politique commune. Elle nous a accompagné depuis notre indépendance. Nos interrogations légitimes aujourd’hui devraient être : qu’est-ce que la présence de l’armée française de manière continue a rapporté au Gabon ou à la France ? Si l’armée française doit encore rester au Gabon, elle rapportera quoi au Gabon ou à la France ? Et enfin, si elle doit quitter le Gabon, quel préjudice causera ce départ au Gabon ou à la France ? Je suis persuadé que le gouvernement français ne verrait aucune objection à un tel débat. L’histoire du Gabon est faite de dialogue et de tolérance. Pourquoi pousser les gens à la haine et à la violence les uns contre les autres comme s’il n’y avait pas déjà assez de conflits dans le monde. En s’obstinant dans les pratiques des politiques du passé, on court droit à la catastrophe. Le gouvernement gabonais doit prendre ses responsabilités sinon il sera changé.

AllSud : Lorsque vous dîtes, « le gouvernement gabonais doit prendre ses responsabilités, sinon il sera changé » Qu’entendez-vous par là ?

J M : Le grand problème de ce pouvoir est qu’il n’est pas inventif. Il nous a prouvé qu’il est là pour s’enrichir lui-même et expédier les affaires courantes. Alors, nous allons tout simplement le changer ! Ce n’est pas d’un tel gouvernement dont notre pays à besoin dans ces temps ou le monde bouge.

AllSud : Vous adressez-vous aussi directement au président gabonais Ali Ben Bongo Ondimba ?

J M : Bien entendu c’est bien à lui que je m’adresse. Il ne fait plus l’ombre d’aucun doute qu’il a trahi le Gabon par l’absence des résultats de ses promesses. C’est lui et le système incompétent qu’il représente qu’il faut changer. Il représente définitivement l’obstacle au développement harmonieux du Gabon.

AllSud: Votre grève de la faim: Est-ce un acte politique?

J M : Oui c’est un acte politique. Si notre lutte pour la dignité humaine est politique, si notre lutte contre l’injustice l’est, oui, si les inégalités sociales le réclament. Oui notre acte est grandement politique et notre cause est juste devant toutes les juridictions de ce monde et devant celle du Dieu Tout Puissant. Nous savons que nous gagnerons. Et c’est pour cela que notre plaidoyer est un message de paix et de réconciliation pour tous les hommes.

AllSud: Un message aux gabonais, aux africains?

J M : Gabonais, longtemps vous avez été des objets pour les prédateurs politiques. Vous avez cru en des personnes qui se sont servies de vous juste pour leurs intérêts égoïstes et vous êtes dégoûtés désormais de vous battre même pour vos droits. Je vous comprends. Tenez ferme. Dans le Kwèle, mon ethnie, on dit : « Si tu trompes un enfant une, deux fois, tu ne le tromperas pas une troisième fois ». Continuez à être un peuple uni et pacifique, demeurez au-dessus de l’ethnicisme, du tribalisme et de tout ce qui peut diviser notre petit peuple si merveilleux dans un si beau pays béni de Dieu. Heureux vous qui pleurez maintenant car vos larmes seront essuyées.

Africains, le temps est venu, c’est notre temps, c’est le moment. Nous pouvons aujourd’hui sans haine ni violence ni vengeance bâtir notre unité sur le socle de la justice, de la droiture et de l’équité. Nous avons rendez-vous avec notre destin pour écrire une des plus belles pages de notre histoire commune.

Si nous devons emprunter la route de notre réalisation ensemble, si nous devons lutter ensemble, c’est parce que nous sommes ensemble. L’Afrique est une grande nation, nous sommes un seul peuple, nous avons une même destinée. Le temps de l’Afrique est arrivé. Paix et amour sur toute la terre.

Jimmy Mapango fait la grève de la faim chez lui et se rend au Trocadéro les après- midi lorsque la météo est clémente. Mais dès la semaine prochaine, il y sera de façon continue, s’il obtient de la préfecture de police de Paris, un espace où il pourra s’abriter en toute sécurité.

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